Il y a tous ces gens, ceux qu’on croise au détour d’une rue, ceux qu’on pense oublier en un clignement de paupière. Et puis il y a ceux qui restent, qu’on ne peut oublier et qui restent accrochés comme une larme qui refuse de couler.
Il y a cet homme trop soûl, dont la tristesse fait écho à la votre, lorsque vous comprenez que c’est vous que vous voyez en lui. C’est comprendre qu’il est impossible d’oublier tous ces nous qui ont vieilli, ceux qui disent dans un regard embué ce qu’est votre monde. Lorsque l’on arrive plus à communiquer avec soi-même, et que la seule chose que l’on puisse faire, c’est regarder le moi devant soi, l’entendre vous demander si vous êtes français pour l’oublier deux minutes plus tard.
Et puis on se regarde tomber, encore et encore, on sait pertinemment qu’il n’est pas nous, bien sûr, mais il est suffisamment nous et c’est bien assez.
Je me demande ce qu’on doit faire de tous ces nous qu’on abandonne sur un banc glacé en pleine nuit.